Conseil d'Etat 21 juin 2018, les gains du joueur de poker habituel sont soumis à l’impôt sur le revenu (BNC)

Le Conseil d'État a statué que les gains du joueur de poker habituel sont imposables en BNC. Cette décision repose sur la pratique régulière du poker, permettant au joueur de maîtriser l'aléa et de percevoir des revenus significatifs. Les critères incluent l'abandon d'un emploi principal et la participation à plus de vingt compétitions par an, confirmant ainsi la nature lucrative de l'activité. Les joueurs doivent déclarer leurs gains pour éviter des sanctions fiscales.

Conseil d'Etat 21 juin 2018, les gains du joueur de poker habituel sont soumis à l’impôt sur le revenu (BNC)

Gains du Joueur de Poker Habituel : Imposition en BNC Confirmée par le Conseil d'État (21 juin 2018)

Selon arrêt du 21 juin 2018 (lien ci-dessous), le Conseil d'Etat est revenu sur le régime fiscal applicable aux gains des joueurs de poker.
Dès lors que la pratique du poker est "habituelle", les sommes perçues seront soumises à l'impôt sur le revenu au titre des bénéficies noncommerciaux (BNC).
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L’essentiel à retenir :

  • Principe général : La pratique de jeux de hasard ne constitue pas en soi une occupation lucrative imposable au sens de l'article 92 du CGI.
  • Exception pour le poker : Lorsque la pratique est habituelle et que le joueur maîtrise significativement l'aléa, les gains deviennent imposables en BNC.
  • Critères retenus : Le Conseil d'État retient l'abandon de l'emploi principal, la participation à plus de vingt compétitions par an et le niveau de gains perçus.
  • Fondement juridique : L'article 92 du Code général des impôts vise les « occupations, exploitations lucratives et sources de profits » relevant des bénéfices non commerciaux.
  • Conséquence pratique : Un joueur de poker régulier percevant des revenus significatifs doit déclarer ses gains comme des BNC.

Gains financiers tirés de la pratique habituelle du poker

Rappel des faits de la décision

Un joueur de poker avait abandonné son emploi pour se consacrer à la pratique du poker, notamment en compétition. Or, en participant à plus d'une vingtaine de compétitions par an, ce dernier disposait de la qualité de joueur professionnel.
Lors de l'examen de la situation fiscale personnelle du joueur, l'administration a considéré comme des Bénéfices Non Commerciaux (BNC) taxables sur le fondement des dispositions de l'article 92 du Code général des impôts, les revenus tirés par l'intéressé de son activité de joueur de poker.

Article 92 du Code Général des Impôts


“Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus.

2. Ces bénéfices comprennent notamment :

1° Les produits des opérations de bourse effectuées dans des conditions analogues à celles qui caractérisent une activité exercée par une personne se livrant à titre professionnel à ce type d'opérations ;
2° Les produits de droits d'auteurs perçus par les écrivains ou compositeurs et par leurs héritiers ou légataires ;
3° Les produits perçus par les inventeurs au titre soit de la concession de licences d'exploitation de leurs brevets, soit de la cession ou concession de marques de produits ou de services, procédés ou formules de fabrication ;
4° Les remises allouées pour la vente de tabacs fabriqués ;
5° Les produits des opérations réalisées à titre habituel, directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, sur des contrats financiers, également dénommés " instruments financiers à terme ”, mentionnés au III de l'article L. 211-1 du code monétaire et financier, lorsque l'option prévue au 8° du I de l'article 35 n'était pas ouverte au contribuable ou lorsqu'il ne l'a pas exercée ;
6° Les sommes et indemnités perçues par les arbitres ou juges au titre de la mission arbitrale mentionnée à l'article L. 223-1 du code du sport ;
7° Les sommes perçues par les avocats en qualité de fiduciaire d'une opération de fiducie définie à l'article 2011 du code civil.

3. Les bénéfices réalisés par les greffiers titulaires de leur charge sont imposés, suivant les règles applicables aux bénéfices des charges et offices, d'après leur montant net déterminé sous déduction des traitements et indemnités alloués aux greffiers par l'Etat. Ces traitements et indemnités sont rangés dans la catégorie visée au V de la présente sous-section.”

Imposition des gains de poker dans la catégorie des BNC (Bénéfices Non Commerciaux)

 
L'article 92 du CGI précité dispose notamment que :
"Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus"
A cet égard, la seule pratique des jeux de hasard ne constitue pas en soi une occupation lucrative ou une source de profits au sens de l'article 92, du seul fait de l'aléa attaché aux perspectives de gains du joueur.
Néanmoins, le Conseil d'Etat a considéré qu'il en allait différemment pour "la pratique habituelle d'un jeu d'argent opposant un joueur à des adversaires, lorsqu'elle permet à ce dernier de maîtriser de façon significative l'aléa inhérent à ce jeu, par les qualités et le savoir-faire qu'il développe, et lui procure des revenus significatifs ".
Les juges ont à ce titre rappelé que grâce à une certaine expérience développée par le joueur, notamment à travers l'analyse du jeu et de ses adversaires, il s'avérait possible de maîtriser le caractère aléatoire et en conséquence, d'accroître la probabilité de recevoir des gains.
 
Imposition des Gains de Poker en BNC : Le Raisonnement du Conseil d'État
Dès lors, les gains perçus au titre d'une pratique habituelle du poker en compétition rentrent dans le champ d'application de l'article 92 relevant des bénéfices non commerciaux d'exploitation lucrative et sources de profits.

 
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En conclusion
L'arrêt du Conseil d'État du 21 juin 2018 a posé un cadre juridique clair : la pratique habituelle du poker, lorsqu'elle permet au joueur de maîtriser l'aléa et de percevoir des revenus significatifs, constitue une source de profits imposable en BNC. Cette décision concerne potentiellement tout joueur régulier, qu'il pratique en tournoi ou en ligne.
Pour les joueurs de poker, la question de la déclaration des gains et de la conformité fiscale est devenue un enjeu majeur. Un accompagnement juridique adapté permet d'anticiper les risques de redressement et de sécuriser sa situation fiscale.
 

 
 
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FAQ : Régime Fiscal des Gains de Poker - La Position du Conseil d'État

Les gains au poker sont-ils imposables en France ?
En principe, les gains de jeux de hasard ne sont pas imposables. Toutefois, le Conseil d'État a jugé le 21 juin 2018 que les gains issus d'une pratique habituelle du poker, lorsque le joueur maîtrise significativement l'aléa et perçoit des revenus significatifs, sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC) au titre de l'article 92 du CGI.
Qu'est-ce que la « pratique habituelle » du poker au sens fiscal ?
Le Conseil d'État considère qu'un joueur ayant abandonné son emploi pour se consacrer au poker et participant à plus d'une vingtaine de compétitions par an exerce une pratique habituelle. Ce caractère régulier et organisé de l'activité distingue le joueur professionnel du joueur occasionnel.
Quel est le fondement juridique de l'imposition des gains de poker ?
L'imposition repose sur l'article 92 du Code général des impôts, qui soumet à l'impôt sur le revenu les bénéfices tirés de « toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits » ne relevant pas d'une autre catégorie de revenus. Les gains sont alors déclarés dans la catégorie des BNC.
Le poker est-il considéré comme un jeu de hasard par le droit fiscal ?
Le Conseil d'État a distingué la qualification du poker en matière de police des jeux de sa qualification fiscale. Le fait que le poker soit classé « jeu de hasard » pour la réglementation des maisons de jeu est sans incidence sur son traitement fiscal. Ce qui compte est la capacité du joueur à maîtriser l'aléa par son expérience et son analyse.
Quels risques encourt un joueur de poker qui ne déclare pas ses gains ?
Un joueur dont la pratique est considérée comme habituelle et qui ne déclare pas ses gains s'expose à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assorties de majorations et pénalités. L'administration fiscale peut notamment qualifier l'activité non déclarée d'« activité occulte » avec des conséquences financières aggravées.
Le Cabinet Bertrand est-il compétent pour intervenir en matière de fiscalité des joueurs et sportifs ?
Oui. Le Cabinet Bertrand accompagne depuis 1973 les sportifs et les acteurs du monde du sport dans tous les aspects de la fiscalité liée à leurs activités : fiscalité des sportifs salariés, des sportifs indépendants, des gains de compétition, des revenus d'image et de sponsoring, ainsi que des opérations de transfert. Le Cabinet assiste et défend ses clients lors de contrôles fiscaux, procédures de rectification, recours gracieux et contentieux devant les juridictions administratives.
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