Football, responsabilité civile : nécessité d'une faute caractérisée par une violation des règles du jeu

La responsabilité civile en football exige la preuve d'une faute caractérisée pour obtenir une indemnisation. Un simple carton jaune n'est pas suffisant. La gravité des blessures ne détermine pas la brutalité du geste. L'acceptation du risque sportif limite le droit à réparation, et la victime doit prouver la violation des règles pour engager la responsabilité.

Football, responsabilité civile : nécessité d'une faute caractérisée par une violation des règles du jeu

Responsabilité Civile en Football : La Faute Caractérisée, Condition de l'Indemnisation du Joueur Blessé

L'arrêt de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation du 20 novembre 2014 permet de rappeler les éléments permettant d'engager la responsabilité civile d'un sportif : la preuve d'une faute caractérisée par une violation des règles du jeu doit être rapportée.
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L’essentiel à retenir :

  • Faute caractérisée obligatoire : Pour engager la responsabilité civile d'un
    sportif, la victime doit rapporter la preuve d'une faute caractérisée par une
    violation délibérée des règles du jeu.
  • Carton jaune insuffisant : La sanction arbitrale par carton jaune — même
    qualifiée de "comportement antisportif" — ne suffit pas à établir la faute
    civile ouvrant droit à réparation.
  • Gravité de la blessure non déterminante : La gravité des blessures subies
    ne permet pas, à elle seule, de déduire la brutalité ou la déloyauté du geste
    adverse.
  • Charge de la preuve : C'est à la victime de démontrer que le joueur adverse
    a agi avec violence, brutalité ou force disproportionnée — et non au défendeur
    de prouver sa bonne foi.
  • Jurisprudence constante : La Cour de cassation confirme sa ligne : l'aléa
    sportif limite le droit à réparation hors faute d'une particulière gravité.

Retour sur les faits

Au cours d'un match de football, un joueur est blessé par un tacle du gardien de but de l'équipe adverse qui était sorti hors de sa surface de réparation. Celui-ci est sanctionné d'un carton jaune par l'arbitre.
Le tacle ayant occasionné une fracture du tibia et du péroné de la jambe gauche du joueur, celui-ci a engagé une action en responsabilité et indemnisation à l'encontre du gardien de but, de son Club et de leur assureur.
Par un arrêt du 20 novembre 2012, la Cour d'appel de Caen a rejeté ses demandes
Pour écarter la faute du gardien de but, les juges du fond ont retenu que son comportement "n'a pas été analysé par l'arbitre comme celui d'un joueur mû par un excès de combativité mais comme un comportement antisportif".

Nécessité d'une faute d'une certaine gravité, commise en violation des règles du jeu

Selon la 2ème chambre civile de la Cour de cassation, le fait que le gardien de but ait été sanctionné par un carton jaune de l'arbitre, "avec la seule appréciation large et ambiguë de comportement antisportif", "ne suffit pas à établir l'existence d'un comportement brutal fautif susceptible d'engager la responsabilité civile" du gardien de but.
De plus, le joueur blessé ne rapporte pas la "preuve d'une faute caractérisée par une violation des règles du jeu", seul élément permettant d'engager la responsabilité du gardien de but.
En effet, "les éléments versés aux débats ne permettent pas de retenir que [le gardien de but] a voulu bloquer [le joueur] à tout prix parce qu'il s'approchait dangereusement du but et que la violence, la brutalité ou la déloyauté de son geste, sa force disproportionnée ou superflue, ne peuvent être déduites de la seule gravité de ses blessures"
La Cour de cassation confirme donc l'arrêt de la Cour d'appel qui a "pu décider que la responsabilité [du gardien de but] n'était pas engagée".
Le pourvoi est donc rejeté.
 
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En conclusion
La Cour de cassation rappelle avec constance que la pratique sportive emporte
l'acceptation d'un certain niveau de risque. Pour obtenir réparation d'une
blessure survenue en compétition, la victime doit établir une faute d'une
particulière gravité, caractérisée par une violation délibérée ou grossière des
règles du jeu — et non se contenter d'invoquer la seule sanction arbitrale prononcée par l'arbitre. Cette exigence nécessite une analyse précise des circonstances factuelles, des règlements applicables et de la jurisprudence en matière de responsabilité civile sportive.
 

 
 
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FAQ : La Faute Caractérisée : Condition de la Responsabilité Civile

Qu'est-ce qu'une "faute caractérisée" dans le cadre de la responsabilité civile sportive ?
La faute caractérisée, en droit du sport, désigne un comportement qui dépasse le
simple risque inhérent à la pratique sportive : il s'agit d'un geste délibérément
brutal, déloyal ou contraire aux règles du jeu. Elle se distingue de la faute
ordinaire par son niveau de gravité. La Cour de cassation exige qu'elle soit
expressément prouvée pour ouvrir droit à indemnisation.
Un joueur blessé lors d'un match peut-il automatiquement obtenir réparation ?
Non. La pratique sportive implique l'acceptation d'un certain niveau de risque. Un
joueur blessé ne peut pas obtenir réparation au seul motif qu'il a été touché par
un adversaire. Il doit démontrer que son adversaire a commis une faute caractérisée
— c'est-à-dire un acte excédant les risques normaux et acceptés du sport concerné.
Le carton jaune infligé par l'arbitre prouve-t-il la faute civile ?
Non. La Cour de cassation l'a expressément jugé dans son arrêt du 20 novembre 2014 :
une sanction arbitrale — même qualifiée de "comportement antisportif" — constitue
une appréciation large et ambiguë, insuffisante à établir un comportement brutal
fautif au sens civil du terme. L'appréciation juridique de la faute est distincte
de la sanction disciplinaire prononcée sur le terrain.
Qui est juridiquement responsable en cas de blessure grave lors d'un match ?
La responsabilité civile peut être engagée contre le joueur auteur du geste fautif,
mais aussi contre son club en tant qu'employeur (responsabilité du commettant, si
le joueur est professionnel) et contre l'assureur du club. La victime doit cibler
les défendeurs pertinents en fonction du cadre — amateur ou professionnel — et des
assurances souscrites.
Quel délai pour agir en responsabilité civile après une blessure sportive ?
En droit commun, le délai de prescription pour une action en responsabilité civile
est de cinq ans à compter du jour où la victime a eu connaissance du dommage et de
son auteur (article 2224 du Code civil). Ce délai peut varier selon la nature du
préjudice (notamment si des séquelles apparaissent tardivement). Il est vivement
conseillé d'agir sans attendre pour préserver vos droits.
Le Cabinet Bertrand est-il compétent pour intervenir en matière de responsabilité civile sportive ?
Oui. Le Cabinet Bertrand défend les sportifs — joueurs amateurs et professionnels,
toutes disciplines — dans leurs actions en responsabilité civile et en indemnisation
de préjudices corporels liés à la pratique sportive. Depuis 1973, le Cabinet
intervient devant les juridictions civiles (tribunaux judiciaires, cours d'appel)
pour défendre les victimes de fautes de jeu, d'agressions sur le terrain et de
comportements déloyaux. Son expertise couvre l'ensemble des situations : football,
rugby, basketball, sports individuels et sports de contact.
Le Cabinet Bertrand propose une première consultation pour évaluer votre situation
et vous présenter les options disponibles. Les honoraires sont établis de manière
transparente selon la complexité du dossier. Contactez-nous pour obtenir un devis
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